Editions "Des ailes sur un tracteur"

PROJET Q****, un recueil de nouvelles lesbiennes et queer (extraits)

Mardi 22 Décembre 2015


Les éditions Des ailes sur un tracteur ont lancé un grand concours de nouvelles, proposant à tous les auteurEs sensibles à la réinvention de la langue (ou de ce qu'on peut faire avec) de traiter des relations lesbiennes par l'angle du queer : c'est à dire être au delà des clichés, des identités irrésumables, d'inventer des histoires inattendues...
Voici 15 nouvelles qui réinventent les sexualités, le queer, les lesbiennes, les nouvelles érotiques...



PROJET Q****, un recueil de nouvelles lesbiennes et queer (extraits)
Les corps, les identités et les sexualités sont multiples et infiniment variables... Les femmes entre elles se réinventent et s’épanouissent en dehors des clichés, via le queer ou d’autres jeux... Ces auteurEs ont pris le pari de proposer des histoires – courtes et poétiques ou crues – comme autant de propositions...
Laissez-vous titiller l’imaginaire...

Avec les contributions d’Ariane Sirota, Barbara Jadice, Viviane Faure, Léna Félut,  Méluzine, Monak, Jo Altered, Amy Félinier, Jenny Del’amour.
Illustration et création graphique : Maic Batmane
Prix : 18 €
 

 

Pré-commandez avec le lien ci-dessous : (Le livre sera disponible le 15 novembre)

INFOS LIBRAIRIES :
Le livre est bien sûr disponible à la demande chez tous les libraires VIA DILICOM et ELECTRE / Conditions de dépôt : NOUS CONSULTER (en fonction du nombre).


 

EXTRAIT DE L’attente de l’étreinte d'Ariane Sirota

Elui ne s’embarrasse pas, me plaque au mur froid en passant ses mains sous mon débardeur en un seul mouvement. Je passe la bandoulière de ma besace par-dessus ma tête, iel repousse les pans de ma veste dès que mes épaules sont assez basses. Remonte le long de mes bras du bout des doigts. Légère griffure à gauche, douceur qui électrise à droite. J’ai envie de l’enlacer, de sentir sa peau, mes vêtements me gênent, ses vêtements me gênent. Je veux prendre la main. Iel s’y attendait. Se dérobe si j’insiste. Iel est belLE dans son désir. Je lae veux, fort. Pubis plaqué contre sa hanche, je me serre, me frotte. Je sens son sourire dans ses baisers. J’aime son excitation, et comment mes gémissements la décuplent. Iel soupire, se presse contre moi. Je baise son cou jusqu’à ce que mes gestes m’en empêchent, son T-shirt passe sous mes lèvres pour ne plus être sous mes doigts. Mon débardeur rejoint vite nos sacs contre la porte, déjà couverts de sa chemise, et de ma veste. Je retiens mon souffle quand nos ventres se touchent. Germination de chaleur, arborescence jusqu’à ma poitrine qui se soulève à un rythme désordonné. Ma bouche comme une brûlure, béance avide. Se referme sur son épaule jusqu’à la morsure. Recueillir sæs gémissements à l’oreille. À bout portant. Sans l’entremise des écouteurs. Mæs dents se resserrent encore, à la limite de la douleur. J’apaise en rouvrant, passe ma langue dans les petits creux fraîchement dessinés. Iel me mord à son tour, je soupire lourdement et me serre contre iel. Genoux qui flanchent. Iel me reçoit entièrement dans ses bras, s’aidant de læ mur qui s’est réchauffé à notre proximité. Dans cette tiédeur, le déshabillage se poursuit. Les différences de volume nous amusent. J’apprécie de sentir ma main juste pleine quand les deux siennes ne suffisent pas à couvrir un seul de mes seins. J’attire son bassin contre le mien, laissant mes mains descendre franchement sur ses fesses. Un grincement sourd me distrait un peu, il y a quelqu’unE derrière la porte. Regard complice. Et même si on nous entendait ? On s’en fout. Vite maintenant. Zips et boutons ouverts. Laisser les doigts jouer les sourciers. Iel veut m’entendre : plaque le haut de mon corps contre le mur de son bras droit. Coude au creux de mon épaule, paume plaquée sur mon front. Déjà toutes dents sur mon trapèze. Je læ cherche plus loin, sa pression se relâche assez pour que je glisse sous son bras et goûte à nouveau son cou. Épaules actives accolées, têtes croisées. Iel me serre de son bras maintenant passé derrière moi. Je m’agrippe à sa fesse alors que la position devient difficile à tenir. Nos plaisirs se nourrissent, nous nous cherchons. Je ne sais pas si c’est son afflux de chaleur ou l’affaiblissement de mes genoux, mais nous changeons de rythme ensemble, plus vite, plus fort, juste quelques instants, juste… Se tendre, se resserrer encore et s’abandonner. Mordre, étouffer un cri dans un baiser sans se lâcher. Toute respiration est gémissement, jusqu’à ce que les voix changent et les regards se mêlent à nouveau. Je suis là, regarde-moi jouir et te faire jouir. Le temps s’étire le plaisir culmine sans refluer tout de suite. Jusqu’à ce que la boule réapparaisse dans ma gorge et gêne ma respiration. Je sens les larmes me monter. Je me cache, me blottis contre iel. Iel s’inquiète. Mais si bien sûr que j’ai joui ! Tu m’as pas entenduE ? Pas sentiE ?
 

EXTRAIT DE Katia de Viviane Faure

Elle est toute nue, et Jo à moitié. Leurs corps se touchent comme à regret. Je peux dormir ici ? Si tu veux. Viens, enlève ça, alors, serre-toi contre moi, j’ai froid. Ça va mieux, elle se contrôle de nouveau. Attends, je vais me brosser les dents, d’abord. Blottie, son odeur partout et ses cheveux dans la bouche. La chaleur humide de son sexe contre sa cuisse et ses cils qui lui chatouillent l’épaule quand elle cligne des yeux. Elle est bien. Elle pourrait s’endormir comme ça tous les soirs. Mais non. Parce qu’elle a décidé qu’elle ne faisait pas dans le couple.
Elle se réveille sans avoir aucune idée de l’heure. Il fait nuit noire. Elle étend la main vers le corps étendu à côté d’elle qui incurve légèrement le matelas. Elle gémit dans son sommeil. Elle se colle à elle, caresse ses cheveux. Elle n’insiste pas, presque pas. Elle se réveille. Elles se touchent dans le noir encore dans les brumes de leurs rêves respectifs. Des caresses presque par erreur. Leurs lèvres se trouvent. Le baiser est imprécis, un peu trop mouillé. Elle aime ça. Elle commence à onduler contre elle, frotte son corps au sien, mélange leurs bras, leurs jambes. Elle glisse une main entre ses cuisses. Elle va droit au but, ce n’est pas l’heure des circonlocutions infinies. Elle joue avec ses seins, sans douceur, presque brutale. Elle gémit. Elle sait qu’elle aime ça. Katia et ses airs de sainte-nitouche. Katia qui jouit quand on la mord, quand on la griffe. Elle s’en donne à cœur joie, guidée par ses halètements, sa respiration qui s’enraye parfois. Elle sait exactement quand elle va jouir et elle mord ses lèvres comme pour avaler son orgasme. Et puis elles échangent les rôles. Katia la connaît au moins aussi bien qu’elle la connaît. Elle jouit sans feu d’artifice, sans crier son prénom. Mais ça vient du plus profond d’elle, et ça la laisse anéantie. Apaisée, aussi. À quatre heures du matin, Jo n’est pas jalouse.
 

EXTRAIT DE Les deux bains d'Amy Felinier

Samedi soir
Elle se frotte les yeux avant d’y croire.
Il y a depuis au moins un kilomètre sur une route qui résonne, des voitures qui se croisent pour finalement se retrouver toutes au même endroit.
Le sursaut de basses est dans ses oreilles et dans ses veines.
Elle ne devait pas manquer ça, il paraît.
Il y a du plomb dans l’air pour que cet endroit soit un aimant.
Il y a de l’attraction.
Des épaules se frôlent dans des couloirs trop sombres. Des épaules trop rondes se frottent dans des couloirs trop longs.
L’entrée est interminable, une sorte de piège auquel on invite les fous, on leur propose de se persuader que la noirceur est faite pour eux…
Elle n’aperçoit que des contours, elle ne voit pas les murs et elle suit…
Comme à son habitude.
Elle a pris des décisions, des idées, elle a pris des envies, un cachet.
Zoé se frotte les yeux. Il y a une fille devant elle qui avance en tremblant, alors Zoé suit le rythme énorme et tremble. On ne sait plus si c’est leurs corps qui frissonnent ou qui résonnent, on ne sait pas si les contours sont fixes.
Zoé n’est déjà plus qu’une ombre.
Les molécules l’ont dissoute, disjointe, et elle n’est plus qu’un point dans un spot. Elle se frotte les yeux, les molécules font ça. Être dans un état second est préférable. Elle ne sent même rien quand on la touche, enfin elle sait, elle comprend mais n’en vibre même pas.
Les molécules arrêtent les vibrations, ils mettent en sourdine, en sommeil.
Zoé avance et rebondit près d’une enceinte qu’elle n’entend pas. Ce n’est pas assez de chaos pour remplacer celui de sa tête. Elle essaie de fixer les corps en mouvement, pas les regards. Elle essaie de se fixer sur les autres, l’agitation est pire en elle.
Elle s’accroche au bar comme au bord d’une falaise, pour ne pas s’évanouir ou se réveiller. Des molécules plus liquides achèvent de rendre tout ça plus poétique. Quelqu’un s’accroche à elle comme on s’accroche à un bar.
Zoé ne se retourne pas, elle sait que c’est une fille, elle ne veut pas la regarder. Elle ne lui plairait pas assez.
Elle sent avec ses reins, son cou et sa langueur ce que l’autre peut lui donner de volupté, de chaleur et de tendresse.
Elle accepte qu’on lui dise des choses à l’oreille, qu’elle n’entend pas (c’est peut-être mieux), qu’on serre sa taille (elle se sent protégée), qu’on balaie ses cheveux d’un côté pour en embrasser l’autre (elle penche), qu’on la tutoie pour des compliments (elle prend confiance) ou que des coups de hanche la fasse danser (elle défaille).
Mais Zoé ne danse pas, n’a pas les cheveux assez long et n’entendrait pas l’alarme dans cette jungle hystérique.
Il y a de la répulsion.
Zoé se frotte les yeux pour se réveiller, elle ne veut pas être cette fille là, se frotte les yeux un peu trop fort.
Elle voit Trop’, la fille aux cheveux trop rouges et au maquillage trop noir mais ne la voit plus qu’en mosaïque.
Elle reconnaît aussi Pat’. Elle s’appelle Evelyne mais on l’appelle Pat’ parce qu’elle est pas terrible. Zoé la voit en noir et blanc, zoome sur son visage qui hoche à contretemps le sourire figé d’une fille qui s’ennuie.
Zoé pleine de molécules voit double. C’est pas mieux.
Il y a Ange.
Elle ne comprend pas ce qu’Ange fait ici et se demande si elle rêve. En effet.
Les hommes et les femmes sont fous d’elle. Mais Ange sourit à la fille d’à côté.
Zoé n’arriverait même pas à pleurer.
Elles sont toutes là.
Jo et ses lunettes noires qui les dévore toutes.
Mina, ses cigarettes longues et ses cheveux courts.
Audrey et Audrey, les patronnes.
Lili, un coude sur un mur pour parler à une femme.
Sab, qui met de la coke dans ses yaourts.
Jyjy, qui a voulu garder les initiales de Jean-Yves.
Tina, qui croque toutes les clientes sur son carnet.
Elles sont toutes là, presque un rêve.
 


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